
Les 322 agents de la RTI au chômage technique depuis le 11 novembre 2011 vivent en ce moment le martyre. Ils connaissent d’énormes difficultés et ne peuvent même plus faire face, pour un grand nombre d’entre eux, à leurs charges familiales. Le Nouveau Courrier a rencontré certains d’entre eux.
Si la mesure-sanction de chômage technique qui frappe 322 agents de la RTI dure depuis le mois de novembre dernier, elle est durement ressentie en cette fin du mois de janvier, traditionnellement pénible pour les travailleurs.
A fortiori pour des agents qui ne perçoivent plus que la moitié de leurs salaires. Pour cette fin de mois, la situation de ces travailleurs a pris l’allure d’un cauchemar, la plupart n’ayant touché que des soldes dérisoires. Moins d’un tiers du salaire net perçu habituellement et qui permettait à chaque agent de faire face à ses obligations vis-à -vis de sa banque, de son assureur, de sa famille, etc.
Pour en savoir davantage sur cette réalité qui choque l’entendement, nous avons approché les concernés. Certains d’entre eux ont accepté, sous le sceau de l’anonymat et en présence du secrétaire du syndicat des agents de l’information (Syninfo), Kouadio Amonzane, de raconter leur calvaire. De leurss témoignages, il ressort que c’est à la fin du mois de janvier que les travailleurs de la RTI envoyés au chômage par le directeur général Aka Sayé Lazare, ont commencé à sentir véritablement les effets de la
mesure qui les frappe.
Dans la note de mise au chômage, il est indiqué que les agents frappés par la mesure ne percevraient que la moitié de leur rémunération. Mais dans les mois de novembre et décembre, ils ont bénéficié d’un certain nombre d’avantages qui ont fait qu’ils n’ont pas senti la gravité de la mesure qui les frappait. «En novembre 2011, ils avaient travaillé pendant presque la moitié du mois. Les jours travaillés ont été régulièrement payés à la fin du mois et les camarades ne perdaient qu’un tiers de leurs salaires. Dans le mois de décembre, ils ne devraient percevoir que la moitié de leur rémunération mais ont pu bénéficier des gratifications qui ont été calculées au prorata du nombre de mois au cours desquels ils ont effectivement travaillé dans l’année. La gratification est donc venue combler le manque à gagner et là encore, les camarades ont pu s’en sortir. Pour ce qui est du mois de janvier que les camarades ont entièrement passé à la maison, et où ils n’y a plus de gratifications, ils se retrouvent avec la moitié de leurs salaires à la fin du mois», explique le secrétaire général du Syninfo qui déplore des irrégularités dans le mode de calcul institué par la direction pour déterminer le solde des travailleurs.
«Dans le cadre de l’application de la mesure de chômage technique, les retenues devraient se faire non sur la base du salaire initial mais du montant que le salarié perçoit. Je prends le cas de l’assurance maladie interne (AMI), pour quelqu’un qui a une rémunération de 200.000 Fcfa, quand les prélèvements de 4% sont effectués sur ce montant, cela donne 8000 Fcfa. Et ce montant est prélevé sur les 100.000 Fcfa qui devraient être versés au travailleur. Or il serait logique que les prélèvements soient effectués sur la moitié du salaire, ce qui donnerait 4000 Fcfa au lieu de 8000 FCFA. Le drame, c’est que toutes les retenues (impôts, accessoires de salaires…) sont faites sur cette base et cela est fortement préjudiciable.
Il est également anormal que des prélèvements se fassent sur des accessoires de salaires. Quand ne figure pas par exemple sur le bulletin la prime de transport, cela peut se comprendre, mais la prime de résidence, l’ancienneté et autres ne devraient pas subir de réduction. Tel que ça se passe, ce sont des sanctions qu’on inflige aux travailleurs et nous disons que ce n’est pas normal», se plaint Kouadio Amonzane.
La détresse des agent …
Depuis que le mois de janvier a pris fin, ce sont des collègues en détresse et ne sachant à quel saint se vouer que le Syninfo rencontre chaque jour. Leurs témoignages sont édifiants. «Deux agents sont venus me voir. L’un d’eux me dit : SG, nous sommes au 5 du mois et je suis allé à la banque. Je demande ma position et on me dit que mes avoirs après le virement est de 1500 Fcfa. Il m’explique par rapport aux engagements qu’il a pris avec la banque, celle-ci a procédé à des prélèvements sur le peu d’argent qui lui a été viré. Il avait également un contrat d’assurance à honorer.
Du coup, il ne lui restait que 1500 Fcfa comme avoirs. Il a fallu qu’il pleurniche auprès de son gestionnaire pour que ce dernier accepte de lui faire un prêt de 20000 Fcfa avec lesquels il est rentré chez lui». Quel drame ! On ne peut s’empêcher de se demander comment ce père pourra s’en sortir sans grand dommage sur le plan social.
Le second agent, lui, avait 20000 Fcfa sur son compte et un troisième qui les a rejoints, 25000 Fcfa. Ce dernier paie un loyer de 45000 Fcfa. Imaginez donc l’état d’âme de cet agent qui se lamentait sans cesse, se demandant comment il allait pouvoir payer son loyer et faire face à ses charges familiales.
Un autre agent de la RTI, qui affronte la situation avec beaucoup de philosophie, selon ses dires, nous a conté également sa situation. «Je travaille à la production. Mon salaire de base est de près de 400.000 Fcfa. Avec tous les avantages et indemnités, je me retrouvais avec plus de 500.000 Fcfa comme salaire net, et j’ai signé un engagement avec la banque à échéance fin juin prochain. La banque procède donc à des prélèvements qui s’élèvent à 118000 Fcfa sur mon compte. Sans compter les assurances. Avec tous les abattements, je sors de la banque avec la somme de 31.677 Fcfa en poche. Or je dois payer un loyer de 125.000 Fcfa, 6000 Fcfa comme frais de gardiennage et nourrir ma famille. Comment traverser un mois avec 31000 Fcfa?», s’interroge-t-il.
… otages d’Aka Sayé Lazare et du régime
«A ce jour, un grand nombre d’agents au chômage technique ont été expulsés des maisons qu’ils occupent, faute de pouvoir honorer leurs engagements. Il y en a dont les enfants ont été renvoyés de l’école quand d’autres n’arrivent même pas à faire bouillir la marmite. La plupart avaient des engagements et n’ont pas prévu qu’en chemin, ils se retrouveraient dans une telle situation. Ces travailleurs déroutés, sans repère, n’arrivant plus à faire face à leurs charges familiales, et vivent dans l’anxiété et la peur du lendemain. Nous attirons l’attention des autorités sur leur situation. Nous souhaitons que tout le monde puisse reprendre son poste et que nous puissions retrouver l’esprit de famille qui a toujours prévalu au sein de la maison», interpelle le secrétaire général du Syninfo, Kouadio Amonzane.
Le hic dans cette affaire, c’est que les travailleurs au chômage technique sont en fait des otages du directeur général Aka Sayé Lazare qui les maintient dans un statut assez complexe. Etant toujours des agents de la RTI, ils ne peuvent pas s’engager ailleurs, au risque de perdre leurs droits.
Sous des prétextes fallacieux, la direction générale n’hésiterait pas prendre de telle décisions si d’aventure des agents aujourd’hui oisifs malgré leur talent se liaient, ne serait-ce que pour s’occuper, à de maisons de la place le temps du chômage technique.
Emmanuel Akani
Source: Le Nouveau Courrier



