
La sous-préfecture jadis paisible de Diboké, dans le département de Bloléquin, a été totalement incendiée par les forces pro Ouattara, lors de leur descente infernale, fin mars 2010. Les sinistrés racontent.
Les populations et cadres de la toute jeune sous-préfecture de Diboké, dans canton Bôô du département de Bloléquin, réfugiés à Abidjan et à l’extérieur du pays, ont eu une pensée pour leurs frères et parents, tombés lors de la descente funeste des forces pro Ouattara, en mars 2010. Lorsque nous les rencontrons, à Yopougon, à la faveur d’une cérémonie de commémoration, ils acceptent de nous décrire le drame qui les a frappés. Les ex-rebelles et les mercenaires venus de pays de la sous-région, après avoir fait 1000 mots à Duékoué, ont sévi à Diboké.
«Ils sont arrivés dès le 29 mars et ont commencé à  pourchasser les habitants. Des éclaireurs que les forces pro-Ouattara présentaient elles–mêmes comme des membres du Rhdp dans la région leur indiquaient les chemins. Ils ont traqué et tué leurs victimes jusque dans les champs, dans les campements et la forêt où nous nous sommes réfugiés», raconte un rescapé de ces tuerie.
Les représailles ciblées du Cdt Loss contre un «village pro Gbagbo»
Au total, les hommes du Cdt Loss font 200 morts à Diboké qui, dans leur plan, devait «payer cher» son soutien à Laurent Gbagbo. En effet, Diboké est le village natal du secrétaire général de la centrale syndicale Dignité, commissaire régionale de la Commission nationale des Droits de l’Homme chargé du moyen Cavally, Mahan Gahé Basile, actuellement détenu dans les goulags du nord. On connaît son engagement dans la lutte syndicale mais aussi aux côtés de Laurent Gbagbo dans le combat pour la démocratie, les libertés et la souveraineté de la Côte d’Ivoire.
A Diboké, c’est la haine qui s’est exprimée.
«Les hommes du commandant Loss nous ont dit qu’ils nous en voulaient car nous soutenons aveuglement Gbagbo et qu’on allait nous faire subir le même traitement que Duékoué», explique une dame qui a dû fuir par le Libéria voisin. «Même au Libéria, on nous recherchait», ajoute-t-elle. «C’est que Diboké, comme beaucoup de village de ce pays, a reçu la visite historique de Laurent Gbagbo en 1990. En 1995, les ‘’Dibokois’’ se sont illustrés dans la région, par le boycott des élections décrété par l’ex-Secrétaire général du Fpi, alors dans l’opposition. Mieux, en 2000, Diboké a voté massivement Laurent Gbagbo à la présidentielle qui l’oppose au général Robert Guéi. En novembre 2010, les habitants de Diboké ont donné leurs voix au président Laurent Gbagbo, face à Ouattara et à  Bédié», rappelle un cadre du village, aujourd’hui traqué par le pouvoir. Ce soutien au père fondateur du Fpi n’est pas fait pour plaire à tous car, à 5 Km se trouve le village deTinhou, dont est originaire Dagobert Banzio, cadre du Pdci.
Créé en 1823, Diboké est l’un des plus gros villages du canton Bôô, avec Doké et Ziaglo. Cet engagement pour Gbagbo, le village le payera effectivement cher. Sur une pancarte, il est inscrit ‘’C’était Diboké’’ Sur les 4000 habitants autochtones, on ne compte plus que quelques 400 âmes qui survivent à peine dans cette toute jeune souspréfecture aujourd’hui. Les biens des populations ont été pillés. Les plantations ont été détruites ou confisquées par les nouveaux maîtres des lieux. «Les maisons des habitants et des cadres du village ont été entièrement incendiées. Les écoles et les hôpitaux de la sous-préfecture sont partis en fumée, après avoir été mis à sac par les ex-rebelles», soupirent les villageois.
Ainsi, pendant plusieurs semaines, les forces pro Ouattara dirigées par Cdt Loss vont systématiquement persécuter les populations de Diboké qui sont contraints de fuir en masse la région. C’est le même scénario que les rapports de l’Onu et des organisations internationales des Droits de l’Homme ont décrit à Duékoué. rappelons-le pour mémoire, Amnesty international a témoigné que : «Dès la matinée du 29 mars 2011, les Frci, accompagnées par les Dozos ont totalement pris le contrôle de Duékoué et, dans les heures et les jours qui ont suivi, des centaines de personnes appartenant à l’ethnie Guéré ont été assassinées délibérément et de manière systématique, à Duékoué et dans certains villages environnants, uniquement en raison de leur appartenance ethnique».
Un décor qui a aussi prévalu à Bloléquin, à Bangolo et dans bien d’autres départements de l’ouest montagneux. Et, pour immortaliser leur passage et confirmer leur intention de rayer le village de la carte, les ex-rebelles inscrivent, sur une pancarte, ce qui suit : ‘’C’était Diboké’’. Un véritable aveu de génocide.
Les germes de la haine entretenus par le Rhdp
Mais il est difficile de décimer un village entier. Ceux qui ont fui les tueries sont des survivants qui peuvent témoigner. Aujourd’hui, quelque 400 personnes sont revenues de leur exil, pour se réinstaller dans leur village. Avec les populations étrangères, dont une forte communauté Burkinabé qui vivait, par le passé, en parfaite intelligence avec leur hôtes. «Mais ce qu’il reste de Diboké après les flammes a été transformé en un enfer par des cadres et militants Rhdp zélés qui créent des conflits de cohabitation entre les autochtones et la communauté soeur Burkinabé», s’afflige un agriculteur qui a été chassé de ses terres. En effet, à en croire les témoignages des villageois, le mal est rampant. «Certaines personnes dans le canton poussent des paysans étrangers à convaincre leurs compatriotes de s’en prendre aux villageois en leur répétant que ‘’Diboké appartient désormais aux Burkinabé’’ et qu’ils doivent se venger de leurs hôtes en chassant les autochtones de leurs plantations», déplorent-ils. Selon eux, même si beaucoup de Burkinabé rejettent ces appels à la haine et plaident pour la cohabitation pacifique, certains ont été manipulés et se livreraient à des actes d’agression et de confiscation de plantations sur des innocents. Pis, disent les rescapés de Diboké, un phénomène de destruction massive de la forêt est en train de se rependre. Il serait le fait de nouvelles personnes arrivées dans les communautés étrangères et qui ne sont pas identifiées par la notabilité.
«Ils ont commencé à exploiter les forêts de façon sauvage. Ils vont tout détruire si les nouvelles autorités ne prennent pas des mesure», s’inquiètent les habitants du village. Aujourd’hui, les parcelles de forêt se vendent non plus en m², mais en Km², expliquent les victimes de ces abus qui s’élèvent contre le fait qu’un certain «Chirac» se soit mis à brader toute la forêt aux alentours de Diboké. «Aujourd’hui, un Km2 de forêt vendu par «Chirac» ne coute pas plus de 40.000 F. Il le fait avec la caution des éléments des Frci qui prennent leur part. Ils menacent de tuer tous ceux qui dénonceraient ce commerce qui met en péril le patrimoine forestier ivoirien», dénoncent les villageois.
Aussi les populations de Diboké interpellent-ils le gouvernement pour que les plantations et les terres arrachées aux autochtones leur soient restituées. Et que des dispositions soient prises pour mettre fin au bradage de la forêt, ainsi qu’aux exactions de Frci qui exigent 1000F par individu comme «droit de traversée» à chaque entrée et sortie du village.
K. Kouassi Maurice
Source: Le Temps




