Dimitri Medvedev, dauphin désigné du président sortant Vladimir Poutine, a remporté l'élection présidentielle russe, dimanche. Il est crédité de 69,60% des voix, contre 18,16% à son adversaire le plus proche, le communiste Guennadi Ziouganov, à l'issue du dépouillement de 80% des suffrages.
"Prolongement direct" Le futur président russe a rapidement assuré lors d'une conférence de presse que sa politique s'inscrirait dans le "prolongement direct" de celle menée par le président sortant, qui deviendra son Premier ministre. Face à la perspective de cette situation politique inédite, il a tenu à assurer qu'elle ne serait pas source de tensions au sommet de l'Etat. "Nous avons confiance l'un en l'autre, c'est probablement le plus important", a souligné Medvedev, qui collabore depuis plus de 17 ans avec l'actuel chef du Kremlin, dont il avait reçu l'adoubement avant l'élection présidentielle de dimanche. Les deux hommes procèderont ensemble au remaniement du gouvernement mais la politique étrangère, a assuré Medvedev, restera du domaine du chef de l'Etat. "Le président définit la politique étrangère de la Russie dans le respect de la Constitution. Le bureau du président est le Kremlin et le cadre (de travail) du Premier ministre et du gouvernement est la Maison blanche", située tout près du siège de la présidence. La Russie ne devrait pas changer sa position sur les principaux dossiers internationaux qui l'ont opposée aux puissances occidentales, comme le statut du Kosovo ou le projet américain de bouclier antimissiles en Europe de l'est. "Nous allons mener une politique internationale indépendante, celle-là même que nous avons menée ces huit dernières années, avec l'objectif principal de protéger nos intérêts nationaux sur tous les fronts par tous les moyens possibles, tout en restant bien sûr dans le domaine légal", a déclaré Medvedev. L'opposition critique une mascarade Des hommes politiques d'opposition ont dénoncé le scrutin en y voyant une mascarade, les rivaux de Medvedev n'ayant pas bénéficié comme le poulain de Poutine d'une large couverture par les médias. Une demi-heure après la fermeture des bureaux de vote, la télévision nationale a diffusé un concert de musique populaire, organisé sur la place Rouge par les partisans du parti Russie unie, qui a commencé par une chanson dont le refrain - "En avant, la Russie" - est le slogan électoral non officiel de Medvedev. Medvedev et Poutine sont apparus devant leurs sympathisants rassemblés afin de remercier les électeurs de l'actuel vice-Premier ministre. Vaincu, Ziouganov a annoncé qu'il allait engager une action en justice en raison de fraudes présumées, rapporte l'agence Itar-Tass. "Nous sommes en possession de preuves de falsification des élections et nous irons en justice", a déclaré Ziouganov selon l'agence. "Il s'agit d'une opération du KGB destinée à transférer le pouvoir d'une personne à une autre", a déclaré à Reuters l'ancien Premier ministre Mikhaïl Kassianov, figure de l'opposition, en faisant allusion au fait que Poutine a autrefois dirigé le FSB, héritier du KGB. "Cela n'a rien à voir avec les élections." Menaces de licenciement Pour les autorités du Kremlin, le fait que le scrutin ait fortement penché du côté de Medvedev ne veut pas dire qu'il ait été truqué. La commission centrale électorale a indiqué ne pas avoir connaissance d'irrégularités qui pourraient remettre le résultat du vote en cause. Le président de la commission, Vladimir Tchourov, a indiqué à la télévision publique que la participation était, dans presque tout le pays, supérieure de trois à cinq points à celle enregistrée lors des législatives de décembre (63,78). Des voix se sont élevées pour dénoncer des pressions exercées selon elles sur des millions de fonctionnaires menacés de licenciement s'ils ne votaient pas. Les quelques observateurs occidentaux couvrant le scrutin se sont dits préoccupés par des irrégularités et par le déroulement de la campagne. Après le retrait de deux des trois principales organisations d'observation, les seuls observateurs occidentaux sont 23 parlementaires de l'assemblée du Conseil de l'Europe. L'organisation indépendante russe Golos a dit avoir déjoué, avant l'ouverture du scrutin, des tentatives de bourrage d'urnes dans des bureaux de vote de la région de Moscou. Les 2 000 observateurs de cette ONG ont dit avoir mis à jour d'autres cas de fraude électorale dans tout le pays. "Le tableau est très sombre", a déclaré Lilia Chibanova, directrice générale de Golos. "Il est clair que dans les régions où la participation est incroyablement élevée, au-dessus de 90%, la proportion de votes pro-Medvedev atteint aussi des sommets impossibles." Outre Ziouganov, Medvedev affrontait le candidat nationaliste et pro-Kremlin Vladimir Jirinovski et Andreï Bogdanov, un homme politique peu connu. |
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