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Eau potable : Abidjan accuse un déficit de 40%

Ecrit par FratMat, le 21-02-2008 06:08

Pages vues : 195    

Publié dans : Nationale, Société


ImageN’Dotré. Un quartier d’Abobo bien connu des populations abidjanaises pour ses maquis et hôtels, a connu une animation particulière hier matin. Les femmes y ont barré, très tôt, la route internationale qui mène à la frontière Est du pays. La manifestation dite « pacifique », au départ, est l’expression du ras-le-bol consécutif aux désagréments que subit le quartier depuis plusieurs mois : le manque d’eau potable. Cette manifestation a tourné, après trois heures de négociation avec la police, à l’affrontement entre les femmes et les forces de l’ordre. Bilan : des pare- brises de camions démolis. Flash-back sur les moments chauds de cette opposition qui n’a heureusement pas fait de victimes.
 
7 heures et demie. Ce mercredi matin. Les camions de transport chargés de bois et de café-cacao en provenance d’Adzopé et Abengourou sont surpris par un attroupement de femmes au niveau de l’Hôtel des banquiers à N’Dotré (entrée d’Abobo).  Celles-ci occupent littéralement la voie. Elles manifestent bruyamment. Pancartes, seaux et bidons sur la tête. «On veut de l’eau ! On veut de l’eau ! On est fatiguées !», clamaient ces femmes. «Nous n’avons pas pris tout cela au sérieux. Car, il ne s’agit pas de la première manifestation des femmes d’Abobo », explique Ouattara Ahmed, un chauffeur venu d’Abengourou avec un chargement de contre-plaqués. Qui ajoute : «Mais, très vite,  nous avons été surpris par l’ardeur des femmes et l’importance de leur nombre, quelques instants plus tard».
Les usagers de la route de l’Est ont vite compris que le mouvement d’humeur n’était pas à minimiser. Chacun cherche à garer son véhicule à défaut de faire demi-tour.  A 8 heures 30. Les femmes étendent leur rayon jusqu’à proximité du poste de police. Leur nombre grossit. Celui des véhicules bloqués aussi. Elles ont en face d’elles un contingent d’éléments du 32ème arrondissement d’Abobo conduit par le commissaire Kouassi, adjoint au chef de la circonscription.

Autour de leur pick-up, les policiers observent les manifestantes. Sans réaction. Cependant, ils multiplient les communications par  radio et téléphones portables. Les femmes, elles,  continuent de danser et chanter. Sans se soucier du blocage de la route. «Nous vivons depuis trois mois sans eau. Trop, c’est trop. Aujourd’hui, nous allons leur prouver que nous sommes des êtres humains », affirme, sur un ton courroucé, Mme Kouadio Adjoua Clémentine, la  cinquantaine révolue. « Si je suis là avec les enfants, c’est que la situation est plus qu’infernale », s’empresse-t-elle d’ajouter.

Et Mlle Traoré Adjaratou d’enfoncer le clou  en ces termes: «Tout le quartier fait pitié. Personne ne regarde nos souffrances. Femmes comme enfants et hommes, tout le monde subit le dickat de la Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire (SODECI). Pensez-vous que l’on peut vivre sans eau pendant  une semaine ? Nous, nous le vivons depuis des mois. Et ce sont les femmes qui sont obligées d’aller  jusqu’au PK 18 pour approvisionner toute la famille en eau ».

La colère des femmes de N’Dotré a été ravivée par la mort de l’une d’entre elles la semaine dernière. Mort tragique dont toute la communauté en fait désormais son affaire. « Une de nos sœurs,  a été tuée par un taxi. Cette dernière était aller chercher de l’eau qu’elle n’a malheureusement pas eue. Un taxi l’a percutée. Le conducteur ne s’est même pas arrêté après le drame. Cette femme a eu les membres inférieurs broyés. Elle a été inhumée sans ses pieds», soutient Mme Kouadio Adjoua Clémentine. Et M. Dibi Djaha Joseph de l’Hôtel Gandhi de renchérir: « On a deux grands châteaux à Abobo Avocatier. L’eau qui en sort alimente les Deux Plateaux. Nous qui abritons ces infrastructures, continuons de souffrir. N’Dotré n’est pas un quartier précaire. Des Ivoiriens y ont investi dans l’hôtellerie. Certains y ont construit de grandes villas. Qu’on arrête de tuer ce centre touristique».

Pendant ce temps, les autres femmes font du vacarme à l’aide de récipients. Très heureuses d’avoir réussi leur coup. «Avec la route bloquée, ils savent ce qu’ils perdent. Au moins, il y aura des oreilles pour nous écouter», se réjouit une  femme sortie de la foule pour prendre un bol d’air. «Il y a eu trop d’intermédiaires sans suite entre nous et les autorités. Nous espérons que le Président de la République nous entendra cette fois-ci», réplique une autre.

A 9 heures 30, Kablan, un jeune du quartier fait arrêter la danse. «Chères mamans, nous les jeunes du quartier,  avons décidé de vous soutenir. Mais, il faut organiser nos actions. Nous devons rencontrer les autorités représentées ici par la police». Il n’a pas le temps d’aller au bout de son intervention quand le commissaire Kouassi saisit cette opportunité pour demander aux manifestantes de désigner un porte-parole. Qui est tout trouvé en la personne de Kablan. Commencent alors les négociations.

L’adjoint au commissaire du 32ème arrondissement veut comme préalable la levée du blocus. «Nous sommes là pour vous. Levez les barrages. Libérez la voie. Les camions que vous bloquez n’ont rien à voir avec votre problème. Nous serons avec vous jusqu’à l’arrivée des autorités», tente-t-il de convaincre Kablan et une poignée  de jeunes qui l’accompagnent. Ses propos n’ont pas l’assentiment de la délégation. Dont un membre lance: «Personne ne bougera,  si l’on n’a pas de l’eau. La police veut nous endormir passer sous silence ranger notre problème». A peine a-t-il prononcé ces mots que le cafouillage s’installe dans le groupe des interlocuteurs de la police. «Tais-toi. Qui t’a donné la parole?», «Nous ne voulons pas d’indiscipline ici». Le turbulent qu’interpellent les autres est ferme: «Je veux du concret. On est fatigués des déclarations sans lendemain».

Kablan demande une deuxième pause pour consulter  les femmes. Plus de vingt minutes après, toujours pas de compromis.

 Arrive alors le commissaire Koui Bernard du 32ème. Il vole au secours de son collaborateur présent sur les lieux depuis le début de la manifestation,  en tenant le même discours au groupe de Kablan. « Je viens d’avoir M. Thiémélé. Une citerne arrive. Vous serez tous servis. Mais de grâce, libérez la voie ». A cette requête  du chef d’arrondissement du 32ème, les manifestants ont répondu en chœur: «Ce n’est pas la première fois qu’une citerne arrive ici. On nous a déjà trompés ainsi pour retirer les camions-citernes deux ou trois jours après».

Les femmes, plus que décidées,   continuent de donner de la voix. Et à 10 heures, un cargo de la police (URC) fait son apparition dans la zone. Des policiers armés de fusils d’assaut et de masques anti-émeute en descendent. Le ton monte. Les jeunes qui discutaient arrêtent tout et retournent vers les femmes en lançant des cris de guerre du genre : «Aujourd’hui, c’est aujourd’hui ! Vous allez marcher sur nos corps ! On n’a pas peur de vous ! ». Entre-temps, un véhicule militaire et une camionnette du CeCOS arrivent en renfort. Une dizaine de minutes passent. Les deux camps sont constitués. Les derniers policiers débarqués se renseignent auprès de leurs collègues. Les camions en tête de file font des manœuvres pour quitter la zone. L’affrontement semble inévitable. Les riverains commencent à se barricader.

C’est dans cette atmosphère tendue qu’arrive une voiture particulière immatriculée 3703 ES 01 et précédée par un cargo tout-terrain de l’armée.  Elle tente de forcer le passage. Le camion d’escorte ne s’arrête pas au niveau de la police. Il fonce sur la foule de manifestants. «Ne bougez pas! Il n’a pas cœur! Restez en place!», lancent les jeunes. Effectivement, les deux véhicules se sont arrêtés au niveau des femmes. Des militaires en descendent. Leur tentative de médiation  n’aboutit pas. De la  voiture escortée (vitres teintées) ne descendra qu’un militaire coiffé d’un béret rouge.  Il échange avec ses collègues au sol. Tous décident alors de faire demi-tour.

Leur convoi a à peine le temps de rebrousser chemin que les «hostilités»commencent.

En effet, à 10 heures 10, la police (elle a été la première à attaquer) tire le premier coup de canon à gaz. La fumée, mais surtout l’odeur du gaz lacrymogène vicient l’air. C’est le sauve-qui-peut général. Repliés de l’autre côté de la barrière, les jeunes se mettent alors à lancer des pierres. La police fonce et dégage la voie. Les premiers camions peuvent à présent traverser «la zone interdite» érigée depuis le lever du jour. Non sans dommages.

Une dizaine d’entre eux (les têtes de file en provenance de l’Est) auront leurs para-brises démolis. La route a été rouverte définitivement autour de 11 heures. Pour combien de temps ? Aux dernières nouvelles, les manifestants… du tout Abobo se sont retrouvés à l’agence Sodeci près du rond- point. Pour un sit-in.

   
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